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17/07/2013

Death metal, islam et radicalisme politique, par Paul Landau

death metal,black metal,islam,convertis,vikernesLes médias décrivent ces derniers jours le parcours de Kristian Vikernes, le "norvégien néo-nazi interpellé en Corrèze". Un aspect intéressant de son parcours, décrit dans un article du Monde, est son passage par le "Black metal". Dans mon livre Pour Allah jusqu'à la mort, j'ai évoqué ce genre musical bien particulier à propos d'Adam Gadahn, le porte-parole d'Al Qaida d'origine judéo-chretienne, converti à l'islam radical. Extrait. Paul Landau

 

Du death metal à l’islam 

 

            A l’âge de 15 ans, Adam se prend de passion pour un genre musical très spécial, le death metal. Un ancien D.J. d’un groupe de death metal, Spinoza Ray Prozak, explique ainsi la vision du monde des adeptes de ce genre musical : « Le death metal est un mouvement extrémiste. Nous rejetons la société moderne, qui conduit uniquement à la mort, à la destruction et à l’horreur ». Contrairement aux apparences, les adeptes du death metal ne sont pas des adolescents nihilistes, rejetant toute norme sociale ou morale. Au contraire, ce sont souvent des jeunes gens en quête d’authenticité et d’une forme de religiosité différente du christianisme. Comme l’observe justement le journaliste du New Yorker, Raffi Khatchadourian [1], leur rejet du christianisme s’exprime plutôt à travers le langage et l’imagerie du paganisme, voire du satanisme, que de l’athéisme. Un grand nombre d’anciens adeptes du death metal, une fois qu’ils ont quitté cet univers culturel, deviennent très religieux.

 

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Le cas d’Adam Gadahn confirme cette analyse. Il collectionne les disques, correspond avec d’autres amateurs de death metal et compose lui-même sa propre musique. Il achète des magazines spécialisés qui contiennent des listes de fans avec lesquels il échange des cassettes. Cette forme d’échanges répond aussi au besoin de socialisation de l’adolescent, qui a vécu toute son enfance dans une ferme isolée. En juin 1995, alors qu’il est âgé de 16 ans, Adam décide de quitter la ferme de ses parents pour aller vivre chez ses grands-parents à Santa Ana. Il vient de terminer le lycée et ne sait pas encore dans quelle voie se diriger. Il trouve un travail dans un magasin d’informatique et passe beaucoup de temps à surfer sur Internet.



[1]Raffi Khatchadourian, « Azzam The American, The making of an Al Qaeda homegrown », The New Yorker, 22 janvier 2007.


death metal,black metal,islam,convertis,vikernesToujours adepte de musique death metal, Adam ressent un vide spirituel intense, qu’il cherche à combler en écoutant des émissions religieuses et en assistant à des conférences données par des pasteurs évangéliques. Insatisfait, il continue ses recherches sur le Web et tombe sur des forums de discussion consacrés à l’islam. Après sa conversion, il dira avoir été séduit par le « monothéisme absolu » de la religion musulmane et par le fait que le Coran soit accessible à touset libre d’interprétation. Mais c’est l’interprétation la plus radicale qu’il choisira.

 

C’est à l’automne 1995 qu’Adam accomplit sa première démarche volontaire, qui va le conduire jusqu’à la conversion. Favorablement impressionné par ses découvertes sur Internet, il se rend à la Société islamique du Comté d’Orange, à Garden Grove. La première fois qu’il entre dans la mosquée, il est accueilli par un membre de la Société islamique, qui lui recommande plusieurs livres. Adam se procure aussi une traduction du Coran en anglais, qu’il se met à dévorer. Une semaine plus tard, il retourne à la mosquée et déclare à l’imam, Muzammil Siddiqui, qu’il a décidé de se convertir.

 

Conversion à l’islam (« It feels great to be a Muslim… »)

death metal,black metal,islam,convertis,vikernesLa conversion à l’islam n’exige pas de formalité particulière ou de long apprentissage : il suffit de prononcer la « Shahada » - la profession de foi – une simple phrase par laquelle le nouveau musulman déclare reconnaître qu’il n’y a pas d’autre Dieu qu’Allah et que Mahomet est son Prophète. Assis dans le bureau exigu de l’imam, Adam Gadahn répète mot à mot la formule rituelle de la Shahada. Le 17 novembre 1995 est un vendredi, jour de la prière publique. Plein de zèle et d’enthousiasme pour sa nouvelle foi, Adam demande à annoncer publiquement sa conversion devant l’assemblée des fidèles. Une telle proclamation publique n’a rien d’obligatoire, mais elle n’est pas non plus saugrenue. C’est ainsi qu’Adam Gadahn entre dans la « communauté des croyants » - la Oumma - à l’automne 1995, à l’âge de 17 ans.


La rapidité quasi-fulgurante de sa conversion à l’islam n’est pas exceptionnelle. Elle a été préparée par des longs mois de recherche spirituelle et de quête religieuse. En dépit des apparences, c’est une décision qu’il a dû longuement mûrir dans son esprit, avant de prononcer les termes consacrés de la Shahada. Une semaine après sa conversion, Adam publie sur Internet un texte autobiographique, intitulé « Devenir musulman », dans lequel il retrace brièvement son itinéraire spirituel. Il explique que son père n’a pas reçu d’éducation religieuse, mais qu’il est devenu croyant en un Dieu unique, et que sa mère, élevée dans le christianisme, n’a jamais cru au dogme chrétien de la Trinité. « Ayant appris que la croyance en la Trinité – quelque chose que je trouve totalement ridicule – est considérée par la plupart des chrétiens comme une condition nécessaire au Salut, j’ai progressivement compris que je ne pouvais pas être chrétien », explique Gadahn.

 

Selon son témoignage, il a trouvé dans l’islam une religion correspondant à ses conceptions et exempte des défauts des autres religions monothéistes : « l’islam présente Dieu non pas de manière anthropomorphique, mais comme une entité qui échappe à la compréhension humaine… Le livre sacré de l’islam [le Coran] est accessible à tout un chacun, et il n’y a ni papauté ni clergé considérés comme infaillibles en matière d’interprétation : tous les Musulmans sont libres de réfléchir et d’interpréter le Coran… L’islam ne considère pas que tous les hommes sont voués à l’enfer s’ils refusent de croire… L’islam ne croit pas en un peuple élu ». Adam conclut son récit en affirmant que c’est une « sensation extraordinaire d’être Musulman » (« It feels great to be a Muslim »).

(Extrait de "Pour Allah jusqu'a la mort", Editions du Rocher 2008)

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