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16/09/2013

Convertis à l'islam radical: le mythe du "lavage de cerveau", par Paul Landau

lavage de cerveau,conversion à l'islam,djihad,convertis toulousains,filière toulousaine«Il faut que les familles dont les enfants partent en Syrie pour combattre, se mobilisent et sortent de l’isolement pour stopper ce lavage de cerveau dont sont victimes de nombreux jeunes à la dérive», déclare le père de Jean-Daniel et Nicolas, les deux jeunes convertis à l'islam radical toulousains (1). La description du processus de radicalisation des deux frères correspond tout à fait à ce que j'ai décrit dans mon livre Pour Allah jusqu'à la mort, Enquête sur les convertis à l'islam radical. Dans l'extrait ci-dessous, je réfute l'explication du "lavage de cerveau" très souvent avancée par les proches de ces jeunes convertis.

 

 

La question du brainwashing (lavage de cerveau)

 

            La seconde idée reçue relative au processus de recrutement des djihadistes en général – et des convertis à l’islam radical en particulier – est celle du « lavage de cerveau ». Ce concept relativement récent – il date des années 1950 – est intéressant pour notre enquête à un double titre : il a en effet été utilisé à la fois pour expliquer le phénomène des conversions en général, et aussi pour tenter de comprendre le phénomène spécifique de l’enrôlement dans les organisations terroristes. Le chercheur italien Massimo Introvigne, fondateur du Centre d’études sur les nouvelles religions, a distingué dans un ouvrage récent [1] trois phases dans l’utilisation de la notion de « lavage de cerveau ». La première est celle des années 1950, où l’expression « brainwashing » apparaît dans un article du Miami Daily News traitant des méthodes utilisées par les communistes chinois pour « retourner » des prisonniers de guerre ou des détenus politiques. C’est pendant cette période que la notion se répand dans le grand public, notamment sous l’influence du roman de Richard Condon, « Un crime dans la tête », best-seller adapté à l’écran par John Frankenheimer en 1962. La deuxième période est celle de la lutte contre les sectes dans les années 1970-1980. La troisième est celle de la nouvelle offensive contre les sectes des années 1990, qui fait suite aux suicides collectifs du Temple solaire en Suisse.

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(1) http://www.ladepeche.fr/article/2013/09/12/1707340-pere-djihadistes-toulousains-temoigne-fils-ont-subi-lavage-cerveau.html


 

            Cette notion a ensuite été empruntée au domaine de l’étude des nouvelles religions et des sectes pour décrire les méthodes d’embrigadement des organisations terroristes, assimilées à des groupes sectaires. (Nous reviendrons sur l’analyse sectaire de l’islamisme au chapitre 12). Ainsi, le psychologue américain Anthony Stahelsk, spécialisé dans la psychologie du terrorisme, affirme que les groupes terroristes utilisent des techniques de conditionnement similaires à celles employées par les sectes, pour transformer des individus normaux en tueurs dénués de tous remords [2]. Mais plusieurs chercheurs critiquent cette notion et son usage extensif pour décrire le terrorisme islamiste ou les conversions religieuses. Pour Marc Sageman,

 

le fantasme du lavage de cerveau est né du sentiment de trahison qu’ont éprouvé les Américains pendant la guerre de Corée, en voyant certains de leurs compatriotes, prisonniers de guerre, faire l’apologie de la doctrine communiste, avouer des crimes qu’ils n’avaient pas commis et répudier le système politique des Etats-Unis [3].

 

            Sageman conteste également l’application de la notion de lavage de cerveau au djihad salafiste mondial, en observant que cette thèse n’est appuyée par aucun élément empirique, que les récits des djihadistes eux-mêmes ne font état d’aucune méthode coercitive utilisée pour les enrôler, et que la plupart des personnes exposées à l’idéologie salafiste ne deviennent pas pour autant des soldats du djihad. Stefano Allievi est tout aussi critique de ce concept, estimant que le modèle de la « persuasion coercitive » ou du brainwashing caractérise « une phase des études sur les conversions que l’on peut considérer comme dépassée », et qui repose sur une « conception pavlovienne de la psyché [4] ».



[1] Dick Anthony et Massimo Introvigne, Le lavage de cerveau : mythe ou réalité ?, L’Harmattan 2006.

[2] A. Stahelsk, « Terrorists Are Made, Not Born ; Creating Terrorists Using Social Psychological Conditioning », Journal of Homeland Security, mars 2004.

[3] M. Sageman, op. cit., p.230.

[4] St. Allievi, op. cit., p. 304.

Extrait de POUR ALLAH JUSQU'A LA MORT, EDITIONS DU ROCHER

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Commentaires

Puisque cette notion a été mise au point récemment, pourquoi ne pas parler plutôt d'encrassage des cerveaux, qui semble plus approprié?

Écrit par : Yéochoua | 17/09/2013

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