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03/07/2015

Comment naissent les Mohammed Merah et autres djihadistes français, par Paul Landau

Des meutes de « loups solitaires » : comment naissent les Mohammed Merah et autres djihadistes français

converti toulousain.jpgUne enquête publiée vendredi 3 juillet par le quotidien Libération lève un coin de voile sur un phénomène que j’ai analysé il y a presque dix ans, dans un livre passé relativement inaperçu à l’époque : Pour Allah jusqu’à la mort, sous-titré : Enquête sur les convertis à l’islam radical. Dans leur enquête, les journalistes de Libération s’attachent à décrire ceux qu’ils appellent les « rabatteurs de l’ombre » ou les « mauvais génies du djihad français », expressions qui désignent en fait les prédicateurs de l’islam radical. L’un de ces prédicateurs est un converti, Frédéric-Jean Salvi, dit « Grand Ali ». Un autre, Olivier Corel, dit l’émir blanc, (auquel j’ai consacré plusieurs pages de mon livre) a joué un rôle important dans la radicalisation de Mohammed Merah.

Avec un certain retard par rapport aux autres pays occidentaux confrontés à l’islam radical, la France commence enfin à ouvrir les yeux sur ce phénomène, alors que les victimes des djihadistes se comptent déjà par dizaines sur le sol français. Pourquoi ce retard, et quelles sont les idées reçues que continuent de véhiculer à ce sujet les médias français ?

 

Le mentor converti de Yassin Salhi

Au lendemain de l’attentat macabre perpétré par Yassin Salhi, les médias en France ont mentionné le rôle de son mentor, Frédéric Jean Salvi, qui prêchait un islam radical à Pontarlier dans les années 2000. Son parcours est caractéristique de celui des convertis à l’islam radical, que j’avais décrit et analysé de manière détaillée en 2008. Salvi est décrit par ses proches comme « un grand type sympa et sociable qui voulait faire de la musique ». Mais sa vie bascule lorsqu’il est condamné pour trafic de drogue, en janvier 2001, à une peine de 32 mois ferme.

 

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C’est en prison qu’il va rencontrer l’islam et devenir un adepte d’un islam rigoriste et radical. Son itinéraire ressemble à celui de dizaines d’autres convertis à l’islam radical, comme je l’ai montré dans mon livre : sorti de prison, il devient lui-même prédicateur islamiste, selon un schéma que j’ai analysé, qui fait que les convertis se perçoivent comme investis d’une mission sacrée de « répandre la bonne parole » du djihad et se considèrent comme étant mieux à même de convertir d’autres Français que les musulmans de souche.


Ce rôle de ‘passeurs’ des convertis est utilisé à dessein par les organisations islamistes - d’Al-Qaida à l’Etat islamique – conscientes du rôle fondamental qu’ils peuvent assumer dans la stratégie islamiste. Les convertis se trouvent en effet à l’intersection des deux versants complémentaires de la stratégie islamiste de lutte contre l’Occident : certains deviennent des soldats du djihad, d’autres sont employés à des fonctions de « da’wa » (propagation de la foi). Parfois ce sont les mêmes qui se consacrent tantôt à la da'wa et tantôt au djihad (Salvi lui-même a été accusé par la police indonésienne d'avoir planifié un attentat à Djakarta).

 

Le djihad et la dawa : deux armes complémentaires

Cette complémentarité de la da’wa et du djihad est sans doute un des aspects essentiels les plus mal compris de l’islam contemporain, en France notamment. Une certaine vulgate médiatique (mais également universitaire, véhiculée par des auteurs souvent proches d’une vision marxisante de l’islam) voudrait que l’islamisme ne soit dangereux que lorsqu’il bascule dans le djihad armé. C’est au nom de telles idées fausses qu’on laisse le Hamas (notamment) ou d’autres organisations affiliées aux Frères musulmans mener des collectes sur le sol français pour le djihad en Palestine, en Syrie ou en Irak, considérant que leur action de propagande et de recueil de fonds ne constitue pas un danger direct pour la France.

Or il apparaît très souvent que les prédicateurs de l’islam radical sont les meilleurs pourvoyeurs de soldats pour le djihad, comme on commence à s’en apercevoir (un peu tard il est vrai) en France. On comprend aussi aujourd’hui que les frontières du djihad sont poreuses et que le combat contre l’islam radical ne peut qu’être global, à l’instar de l’ennemi qu’il affronte. « La lutte contre l’islam radical », écrivais-je en 2008, « suppose que soient réunis trois éléments indispensables : des outils juridiques, une volonté politique et une vision stratégique ».

Dans le cas de la France, comme dans celui d’autres pays européens, ce sont surtout la volonté politique et la vision stratégique qui font défaut… Car les convertis à l’islam radical ne sont pas des « paumés », ni des « loups solitaires » (ou alors il s’agit d’une véritable « meute de loups solitaires »…). Ils sont l’avant-garde de l’Oumma, le fer de lance du djihad dans lequel l’islam radical s’est lancé depuis plusieurs décennies et face auquel l’Occident préfère trop souvent temporiser, aveuglé par l’argent du Qatar et d’ailleurs et par la montée en puissance de l’électorat musulman. Dans ces circonstances, il semble que les djihadistes français aient hélas, encore de beaux jours devant eux.

 

Paul Landau

Pour Allah jusqu’à la mort, Enquête sur les convertis à l’islam radical, Le Rocher 2008

 

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